Préserver la paix et soutenir la croissance, tout en veillant au respect des libertés : tels sont les objectifs de la relance de l'aide au développement et du " réengagement " diplomatique et militaire de la France en Afrique, soulignés par le ministre de la Coopération de l'Hexagone.

Interview réalisée par Marc YARED

Enarque, diplômé de Science Po, juriste, Pierre-André Wiltzer, 62 ans, est un grand commis de l'Etat français qu'il a servi sans discontinuer deux décennies durant, avant d'être élu député de l'Essonne. Sans cesse reconduit par les citoyens de ce département, deux fois vice-président de l'Assemblée nationale (de 1993 à 1995 et en 1999/2000), cet humaniste pondéré et chaleureux - qui fut un pilier de l'UDF (Union de la démocratie française) avant d'adhérer à l'UMP (Union de la majorité présidentielle) - effectue un retour aux sources depuis qu'il a pris en charge le portefeuille de la Coopération et de la Francophonie, il y a un an. N'avait-il pas été affecté au ministère de l'Outre-Mer dès sa sortie de l'ENA, en 1967 ?

Le " Monsieur Afrique " du gouvernement français n'hésite pas, ici, à prendre position sur un certain nombre de questions controversées : le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) et l'Union Africaine ; l'enveloppe financière consacrée à la coopération et les interventions armées en Côte d'Ivoire, en Centrafrique ; les exigences démocratiques et les impératifs socio-économiques…

Au XXIIè Sommet France-Afrique de Paris, en février 2003, le NEPAD figure en tête des discussions.

NEPAD.TV : Le Nepad ne fait pas l'unanimité. Certains gouvernements soulignent ses aspects innovants et sa cohérence : initiative prise par les intéressés eux-mêmes ; engagements africains en faveur de la " bonne gouvernance " ; projets à l'échelle régionale, impliquant solidairement plusieurs pays ; intéressement du secteur privé ; etc. Mais les détracteurs du Nepad le qualifient de grande coquille vide, de vœu pieux qui ne saurait remplacer des projets ponctuels bien ciblés.
Quel est votre avis ?

Toute initiative nouvelle, toute réforme suscitent toujours des critiques ou des inquiétudes. Il en est ainsi du Nepad. Pourtant je crois à cette démarche, parce qu'elle vient des Africains eux-mêmes. Ils veulent assumer toute leur responsabilité dans le développement de leur continent : ne plus seulement demander et recevoir l'aide des pays riches, en laissant à ceux-ci le choix des priorités et des projets.

Mais ce qui est tout aussi important, c'est que les Africains s'engagent eux-mêmes à créer les conditions du développement, par une gestion financière transparente et contrôlée ; et en faisant bénéficier les populations des aides reçues, sur le plan de l'éducation et de la santé notamment. De ce point de vue, le mécanisme de
" l'évaluation par les pairs ", c'est-à-dire d'un contrôle mutuel par des personnalités et des experts africains indépendants, est particulièrement intéressant.

Le Nepad mérite donc d'être soutenu. Le Président Jacques Chirac a tenu à ce que les pays du G8 (Groupe des huit Etats les plus industrialisés de la planète) lui apportent leur appui au sommet d'Evian, les 1er et 2 juin 2003.


Les pionniers du NEPAD - parmi lesquels les présidents nigérian et sud-africain (aux côtés de Jacques Chirac, photo de gauche) - accueillis au Sommet du G8 à Evian, en juin 2003.


NEPAD.TV : Mais concrètement, par quoi le Nepad va-t-il se traduire ? Et ne risque-t-il pas de doublonner avec les coopérations déjà en cours ?

Ce Nouveau partenariat n'est pas une caisse, ni une simple liste de grands projets à financer. C'est d'abord une méthode, une façon d'organiser l'aide au développement de l'Afrique. Bien sûr, les auteurs du Nepad ont recensé une série de projets, présentés par la douzaine de pays africains qui ont déjà manifesté leur adhésion à ce système. D'autres s'y ajouteront progressivement, à mesure que de nouveaux Etats rejoindront le groupe des pionniers.

Ce qui est probable, c'est que les projets s'inscrivant dans le cadre du Nepad bénéficieront d'une priorité pour leur financement par les bailleurs de fonds. Mais il n'est pas question pour autant de supprimer les coopérations existantes. On peut seulement prévoir que la formule du Nepad, une fois lancée, apparaîtra comme un exemple à suivre parce qu'elle aura réussi.

J'ajoute que l'un des buts recherchés par le Nepad est - grâce aux garanties offertes par les pays africains en matière de sécurité juridique, de respect des droits et de bonne gouvernance - d'attirer des investissements privés. Ceux-ci sont absolument nécessaires au développement de l'économie. La démarche Nepad va donc au-delà des seuls partenariats entre Etats.

 

 

 



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