NEPAD.TV : Pouvez-vous nous présenter brièvement l'objet de l'association ANJCA ?

La signature du jumelage entre nos deux villes date de 1958. A cette époque le Togo était encore sous administration française. Est arrivée l'indépendance en 1960, et tout cela est tombé dans l'oubli. Le protocole avait été signé au moment d'une foire-exposition à Niort. Ensuite je suis devenu conseiller municipal, et j'ai relancé cette coopération dans les années qui ont suivi, à partir de 1986. Il y a donc eu un vide assez important entre 1958 et 1986, date où a démarré la coopération au vrai sens du terme. De 1986 à aujourd'hui, cela fait 17 ans de coopération véritable et surtout continue, car ce qui compte en matière de coopération, c'est la continuité. Il n'y a rien de plus mauvais qu'une collaboration en dents de scie, qui n'est pas facteur de développement local.
Je vais depuis une vingtaine d'années sur le continent africain, j'ai beaucoup souffert de voir bien des choses catastrophiques pour le continent africain, de nombreuses personnes qui se baladent avec des projets clés-en-mains, des " vendeurs de coopérations ", et beaucoup de promesses pour nos chers amis africains, et peu de réalisations. Je suis scandalisé par les sommes d'argent considérables englouties sur le continent africain et qui ne servent pas à la coopération. Nous avons donc essayé dans cette coopération entre les deux villes, dès le départ, de partir sur une démarche pratique, pragmatique, et surtout concrète, de partir sur des projets montés par les Atakpaméens eux-mêmes, et réalisés de A à Z par eux : on ne connaît pas de problèmes d'appropriation des projets, par la suite, par les fameux " bénéficiaires ", rien de tel n'existe chez nous : ce sont les Atakpaméens qui conçoivent leurs projets, qui les réalisent et qui les gèrent. Nous n'intervenons qu'en complément, pour éviter de nous substituer à leurs compétences. Nous avons compris cela heureusement assez rapidement, et nous avons tourné la page d'une vieille coopération héritée d'un passé qui n'est pas glorieux pour les anciens pays colonisateurs que nous sommes.

Vue générale de la ville d'Atakpamé, ville juchée à 500 mètres d'altitude au milieu d'une région montagneuse

Il faut que vous sachiez qu'au Togo, nous avons été à l'origine de nombreux jumelages et coopérations. Au Togo la ville d'Atakpamé est souvent citée comme exemple de la coopération décentralisée. Malgré la situation économique et politique de ce pays qui n'est pas facile, les choses se réalisent, des réalisations concrètes voient le jour, on termine actuellement un collège, un centre culturel, il y a des choses qui voient le jour dans un état de crise assez fort.


NEPAD.TV : Quelle est votre définition aujourd'hui de cette coopération sur 50 ans ?

Notre coopération est difficile à définir sur 50 ans. Il y a eu des périodes de blanc et des périodes très actives. En tout cas ce qui a caractérisé la période active, de 1986 à aujourd'hui, c'est une forte évolution de notre conception de la coopération, de part et d'autre.
Nous sommes passés d'une conception d'aide, les riches aidant les pauvres en quelque sorte, à une conception complètement différente, de partenariat qui permet aux acteurs de ne pas être en état de dépendance les uns par rapport aux autres, ce qui est capital. Nous recherchons, à travers la mise en place de services municipaux, locaux, à Atakpamé, à développer une autonomie locale, qui doit permettre à terme, si la conjoncture générale s'améliore sur le continent et au Togo en particulier, de pouvoir complètement se passer de notre apport complémentaire sur le plan financier.

 

L'hôtel de ville, hébergeant les services municipaux d'Atakpamé

 

NEPAD.TV : L'idée de partenariat est donc essentielle dans la démarche ?

Oui tout à fait. Nous travaillons actuellement sur un programme général établi par la ville d'Atakpamé, par sa municipalité. Dans le cadre de ce programme général, nous définissons en commun, entre partenaires, deux, trois, ou quatre projets annuels qui entrent dans le cadre de ce programme, ces projets sont co-financés par les différents partenaires de ce programme.
Ces partenaires sont : la ville d'Atakpamé, qui en tant que collectivité participe au financement, la ville de Niort, à hauteur de 23 000 euros chaque année, l'ANJCA, des partenaires privés au niveau local à Niort, la région Poitou-Charentes, qui participe dans le cadre de la décentralisation et du contrat de plan, et enfin le ministère des Affaires Etrangères. L'ensemble de ces acteurs travaille annuellement sur une enveloppe de 90 000 euros environ.
Pour cette année par exemple, pour parler concrètement, nous travaillons sur les projets suivants : l'environnement d'une rivière qui est polluée, la rivière Eké, projet qui porte sur trois ans, la construction d'un nouveau jardin d'enfants - ce qu'on appelle chez nous une maternelle - dans le quartier d'Agbonou, l'amélioration de la bibliothèque municipale qui existe déjà, la mise en place d'une exposition, ici à Niort, pour développer l'éducation au développement chez nous parmi les Niortais, et enfin la dernière tranche de la construction du centre culturel. Voilà le programme 2003.

Parmi les projets concrets récents, l'assainissement de l'environnement de la rivière Eké, ou encore l'amélioration de la bibliothèque municipale.

NEPAD.TV : Si le jumelage a été bénéfique pour Atakpamé, y a-t-il eu un " retour " pour la ville de Niort, pour les jeunes ou les personnes qui y participent ?

On ne peut pas parler de retour dans les mêmes termes qui caractérisent ce que nous apportons à la ville d'Atakpamé. C'est un débat que nous avons eu avec les responsables de la ville d'Atakpamé, à notre premier déplacement en 1986, quand nous avons conclu le protocole de coopération avec le maire d'Atakpamé - Alpha Abalo à l'époque - parce que nous souhaitions introduire le terme de réciprocité dans le protocole. Nos amis d'Atakpamé n'y étaient pas favorables car, disaient-ils, ils ne pourraient jamais nous apporter l'équivalent de ce que nous leur apportions, etc. Nous avons eu tout un débat sur la qualité de ces échanges, et sur ce que nous pourrions découvrir quant à nous de nouveau, à travers une relation de ce type. Les actions se sont engagées, nous apportons un plus au développement de la ville d'Atakpamé. Cela se concrétise par une co-participation au financement des actions qui se mènent, mais en retour évidemment, la ville d'Atakpamé ne participe pas financièrement aux réalisations menées à Niort.
En revanche, nous n'avons jamais mené autant d'actions d'éducation au développement, d'éducation à l'ouverture du continent africain que nous ne l'avons fait depuis au moins quinze ans. Nous intervenons dans tous les établissements niortais auprès des élèves. Pour les élèves de la ville de Niort, c'est une matière première extrêmement concrète que nous avons pour mettre à la portée des jeunes la connaissance d'une certaine partie du continent africain. Au total, ce sont un petit peu plus de trois cents Niortais qui depuis le début de cette coopération ont fait le déplacement à Atakpamé, ce qui est un plus pour nous sur le plan culturel, au sens large du terme.

La coopération décentralisée, c'est aussi l'échange culturel et l'enrichissement réciproque au contact des traditions culturelles des autres.

 

Il n'existe pas, bien sûr, de règle à calcul pour mesurer les parts de chacun dans un échange et une coopération, mais les nombreuses activités qui se mènent dans notre ville, régulièrement, comme les semaine de solidarité, les activités en direction des jeunes - par exemple un déplacement de jeunes musiciens de Niort qui sont allés à Atakpamé échanger leurs partitions et croiser leurs tam-tams avec un groupe musical de la ville d'Atakpamé. C'était quelque chose de considérable pour ces jeunes qui ont découvert une page d'histoire et de géographie en quelques jours. On ne va pas faire un bilan de tout cela, mais cela apporte un plus à la connaissance de l'autre, et une contribution modeste pour que cette planète tourne un peu plus rond et que l'on puisse partager un peu plus avec le continent voisin.

Il existe de nombreuses enseignes remarquables dans la ville d'Atakpamé comme au Togo, qui sont parfois des clins d'œil humoristiques.
Nous voudrions, nous, contribuer bien modestement à ce que nos deux mondes se rapprochent. Nous n'allons pas au Togo pour faire du business ou nous enrichir. Nous y allons pour apporter un petit plus à un développement humain local qui se caractérise par leur programme municipal qui repose avant tout sur les services d'éducation, de santé, d'eau potable, d'assainissement et de services rendus aux populations. On reste dans un axe de développement humain, et non pas du développement économique qui prédomine à travers la planète aujourd'hui, caractérisé par plus de production pour plus de consommation et donc pour plus de production etc. Faire miroiter aux " pauvres " qu'il pourront un jour atteindre ce cycle-là est ridicule : l'expérience montre bien que c'est impossible. Il faut apporter une certaine contribution à un autre type de développement, à visage humain.


 

 

 



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