La Jeunesse
Les nouveaux impératifs
de la lutte
Cas de force majeure
et recours à la force

Les années de prison
et la libération

La Jeunesse :

Mandela est né le 18 juillet 1918 au cœur
du Transkei, dans le village de Qunu.
Son prénom africain, Rolihlahla, pourrait
se traduire par " tirer la branche d'un arbre " et, métaphoriquement, avec tout ce que cela comporte de prophétique,
par " celui qui crée des problèmes " Le prénom sous lequel il est plus connu n'est dû qu'à une habitude historique
et géographique propre à son pays à l'époque, coutume vraisemblablement due à un préjugé " colonial " envers l'éducation africaine. C'est à l'école que les jeunes Sud-Africains recevaient un nom typiquement " civilisé ".





  Dans le port et le regard du jeune Mandela se lisent déjà son inflexible détermination et sa droiture qui ne le quitteront plus.  

Le sien, Nelson, Mandela le doit à son institutrice. Il prétend dans ses souvenirs que cette décision fut absolument arbitraire. Ce nom ne fut pas moins prophétique en tout cas que son nom africain, car peut-être est-ce au grand amiral britannique que pensait son institutrice. Amiral, chef de guerre, d'une guerre d'un genre nouveau, Nelson Mandela était appelé à le devenir, à sa manière.

Devenu orphelin de père à neuf ans, il est pris en charge par un tuteur,
et cette expérience confirme ce que Mandela savait d'instinct :
que la famille africaine est une famille au sens élargi.
A Fort Hare, où il fait ses études, il participe à une grève étudiante, ce qui lui vaut d'être exclu, avec Oliver Tambo, en 1940. Il poursuit le cycle de son diplôme
par correspondance à l'université de Johannesburg

En 1944 il participe à la fondation de la Ligue de Jeunesse de l'ANC
(ANC Youth League, dite ANCYL), et à la mise au point de son programme d'action,
adopté par l'ANC en 1949. La nouvelle stratégie de l'ANC, qui devait rompre
avec le constitutionalisme, la trop grande réserve et la " politesse " de l'ANC historique, opte pour plus de radicalité, et se donne pour objectif
l'auto-détermination nationale.

Les nouveaux impératifs de la lutte :

C'est la victoire du Parti National aux élections de 1948, - élections réservées
aux votants blancs -qui donne à l'ANCYL des raisons urgentes de réviser
son programme. Le Parti National est en effet élu après qu'il a fait campagne
sur le thème de l'apartheid.

Après que l'ANC a accepté le programme de l'ANCYL et ses méthodes novatrices (boycott, grèves, désobéissance civile et refus de coopérer), Mandela est élu au Comité Exécutif National de l'ANC (NEC) en 1950, puis volontaire en chef national de la Campagne de Défiance des Lois Injustes en 1952, par laquelle l'ANC voulait protester par les moyens pacifiques à sa disposition contre les injustices dirigées contre la communauté noire du pays.

C'est l'occasion du premier voyage à travers l'Afrique du Sud de Mandela, ayant pour but de sensibiliser les citoyens aux objectifs et aux méthodes de la campagne.
Cette campagne vaut à Mandela d'être jugé pour agitation (et contravention au décret de Suppression du Communisme), et d'écoper d'une peine de prison avec sursis.
En contrepartie, il est élu par ses pairs, convaincus par sa combativité, président
de l'ANCYL et président de la région Transvaal de l'ANC.

Il lance sa carrière d'avocat, en s'associant à Oliver Tambo, carrière qui lui vaudra
de subir les nombreuses avanies du gouvernement et de ses collègues blancs. Conformément aux lois ségrégationnistes, les autorités exigent d'abord que
les deux associés déplacent leur cabinet du centre-ville vers l'extérieur de celle-ci,
là où les clients qu'ils cherchent à défendre ne peuvent même pas se rendre.
Pire, la Société Juridique du Transvaal (Transvaal Law Society) demande
la radiation de Mandela du barreau, demande rejetée par la Cour Suprême.

 

 
    Mandela dans son cabinet. Sur la vitre,
on peut lire " Mandela & Tambo, Attorneys ".
 

En 1952, Mandela est chargé d'organiser le mouvement d'une manière qui permette d'éviter le recours aux réunions publiques en préservant la mobilité de l'information et la dynamique des contacts. L'objectif de la manœuvre est de parer à toute éventualité d'interdiction du mouvement, en anticipant sur les formes d'organisation clandes tines. Le " M-Plan ", qui réorganisait le mouvement en cellules autonomes, lui doit son nom.

Devenu un opposant visible, et une tête de l'exécutif de l'ANC, Mandela est,
dans les années 50, constamment sous le coup d'une accusation ou d'une autre,
toutes pour des raisons qui sont autant de variations sur le thème de l'enfreinte
à la sûreté de l'Etat. Après sa relaxe dans un procès pour trahison, et après la mise hors-la-loi de l'ANC (qui fait suit au massacre de Sharpeville), Mandela devient
un leader incontournable de l'ANC clandestin, et défie la nouvelle République, proclamée en 1960. Le M-Plan permet à l'ANC, désormais illégale, de rebondir
aussitôt sa mise hors-la-loi prononcée.

L'ANC, malgré les nombreuses avanies subies, ne s'est jamais pensé comme un groupuscule, mais comme le porte-parole d'une immense aspiration populaire
à l'égalité et à la fraternité.

Cas de force majeure et recours à la force :

C'est en 1961 que survient un des changements radicaux dans la stratégie
de l'ANC, dû à Mandela : " Au début de juin 1961, après une minutieuse et
angoissée considération de la situation sud-africaine, certains collègues et moi-même en arrivâmes à la conclusion que puisque la violence était inévitable dans ce pays,
il était inapproprié et irréaliste que les leaders africains continuassent de prêcher
la paix et la non-violence, confrontés que nous étions à un gouvernement qui répondait à nos exigences de paix par la force.
" En vue de se préparer à la lutte armé, Mandela fonde Umkhonto we Sizwe, l'aile armée de l'ANC. En 1962, bravant son interdiction de sortie du territoire, Mandela entame sa tournée panafricaine, en même temps qu'il organise l'entraînement militaire des cellules clandestines de l'ANC.

Stratège révolutionnaire et prisonnier politique, Mandela
ne se battait pas pour le triomphe d'un groupe sur un autre.


Avocat confiant en la Justice, il s'est battu indifféremment
contre toutes les formes de domination.


Son but, atteint lorsqu'est enfin aboli l'apartheid,
cette ségrégation de la honte, réconcilier l'Afrique du Sud
avec elle-même, les Africains entre eux.


Harcelé par les autorités qu'il n'a pas hésité à défier,
Mandela devient le leader naturel de l'ANC.
Son sens de l'anticipation lui permet de préparer le passage à la clandestinité du mouvement déclaré hors-la-loi.

 
A son retour, il est arrêté et jugé. Déjà condamné à cinq ans de travaux forcés
au motif de sortie illégale du territoire et d'incitation à la grève, il doit faire face
à un nouveau procès pour sabotage, que l'Histoire retient sous le nom de Procès
de Rivonia. Assurant lui-même sa propre défense, il est néanmoins condamné
en 1964 à l'enfermement à vie, et purgera la plus longue peine infligée
à un prisonnier politique.

Se sachant condamné avant même l'issue du procès, il profite néanmoins de
cette paradoxale tribune pour prononcer ce qu'il redoutait devoir être son testament politique : " Je me suis battu contre la domination blanche, je me suis battu contre
la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique où
tous pourraient vivre ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités.
C'est un idéal pour lequel je souhaite vivre, et que j'espère voir se réaliser.
Mais si tel en est le prix, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. "

Les années de prison et la libération, gestation et parachèvement d'une œuvre :

Du barreau de Johannesburg aux barreaux de Robben Island :
refusant de baisser les bras, Mandela invente en prison de nouvelles formes d'activisme.

Le verdict rendu, commence la plus sombre période de sa vie, 27 ans d'enfermement, à côté de quoi l'expression de " traversée du désert " semble dérisoire. Son activisme politique ne faiblit pas pour autant, pas plus que la fidélité à ses principes. La prison de Robben Island, où il purge sa peine jusqu'en 1984, avant d'être transféré, sera même surnommée " Island University ".

Lorsque les autorités lui proposent la liberté en échange d'un compromis (aux yeux
de Mandela, une compromission), il refuse vertement. On lui propose de cautionner
la " politique bantoue ", en s'installant dans le Transkei autonome - en réalité, une
" réserve " établissant de fait une ségrégation régionale - mais Mandela refuse, et préfère rester enfermé avec l'espoir de vivre un jour dans un pays uni, plutôt que d'accepter un maquignonnage déshonorant pour lui et honteux pour son pays.

Dans les années 80, on lui propose la liberté en l'échange du renoncement
à la violence. Pourtant peu ami de la violence, laquelle n'est pour lui qu'un ultime recours, Mandela oppose comme argument le droit : les prisonniers ne peuvent
être partie dans un contrat. Seuls les hommes libres ont le droit négocier.

Le 11 février 1990, après 27 années de prison (dont il fait le récit émouvant dans
son autobiographie, Le Long Chemin vers la Liberté), il est libéré.

Le Président De Klerk abolit l'interdiction qui pèse sur l'ANC et fait libérer Mandela.
Il se replonge alors dans l'œuvre de sa vie, sans attendre et, élu en 1991 Président
de l'ANC, travaille d'arrache-pied à des négociations avec De Klerk.
Celles-ci aboutissent à l'abolition de l'apartheid.

En 1994, les premières élections libres et universelles en Afrique du Sud rendent un verdict sans appel : Nelson Mandela est élu président de la République, de la " nation arc-en-ciel ", fonction qu'il honorera jusqu'à son retrait des affaires publiques en 1999.

Frederik De Klerk et Nelson Mandela, co-récipiendaires du Prix Nobel de la Paix 1993.

 

 

 



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