Si Mandela est un modèle pour l'Afrique contemporaine, à l'heure où elle se lance dans une tentative d'une ampleur sans précédent pour renouveler ses principes
de gouvernement, il doit l'être au moins autant par son action, sa patience
et son sacrifice, que par l'exemplarité de ses principes, par l'inflexibilité
de sa morale et sa croyance qui n'a jamais faibli dans le règlement légal
des différends.

Depuis sa retraite des affaires publiques, Mandela manque à l'Afrique.
Mais cette retraite bien méritée ne se traduit pas par un désintérêt pour les affaires de son continent, de ce continent qu'il espère avoir contribué à mettre sur
les rails du progrès.

Les distinctions s'accumulent, et les verdicts portés sur son œuvre sont autant d'hommages, que ne viennent pas ternir les erreurs ou fautes de jugement que Mandela reconnaît lui-même. Mais dans tout projet qui défie les passions humaines pour humaniser les passions, dans tout projet d'ampleur universelle,
l'homme se révèle fragile et son effort toujours menacé.

Nelson Mandela à la tribune des Nations Unies. Même après sa retraite des affaires publiques, il est demeuré un consultant très écouté et apprécié.

Il est assez symbolique que de toutes les distinctions qu'il a reçues, la plus belle, la plus reconnue, ait été partagée. Comme en hommage à sa philosophie de l'action, à sa croyance dans le responsabilité partagée, il partage son Prix Nobel de la paix avec Frederick de Klerk, l'homme avec qui il a négocié la transition et la sortie de l'apartheid. Le symbole n'est pas mince, puisque d'après Mandela, " aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès " . (discours d'investiture à la Présidence de la République le 10 mai 1994.)

Ce prix Nobel n'était pas sa première distinction, puisque dès ses années d'opposant il était soutenu par des gestes symboliques de soutien et des nominations honoris causa à des chaires universitaires renommées. Parmi les dernières distinctions dont il a été honoré, le Prix International de la Paix Gandhi et, paradoxe ou ironie de l'Histoire, La Médaille présidentielle de la Paix, la plus haute distinction civile américaine, remise des mains de George Walker Bush.

Le Comité de pilotage du NEPAD, ses inspirateurs, ne s'y sont pas trompés,
qui ont reconnu la priorité du règlement des conflits parasites et du bon gouvernement sur tout autre article. Il ne faut voir en cela aucun vertuisme,
aucun vœu pieux, ou aucune tentative de donner le change par des concessions
à la morale. La paix et le bon gouvernement ne sont pas des articles secondaires
du NEPAD, mais sont des conditions à l'exécution du plan. L'Histoire récente de l'Afrique a montré qu'il ne suffit pas de disposer des ressources les plus admirables que la terre porte pour espérer faire prospérer la population.
Sans la volonté de les exploiter pour le bien de tous, les ressources de l'Afrique ne sont que des sommes de richesses dérisoirement gaspillées.

Visages de la relève : la jeunesse sud-africaine, et Thabo Mbeki, ici à droite, fils de l'ancien compagnon de Mandela Govan Mbeki, et lui-même militant de la première heure. Il est l'actuel président de la république sud-africaine.

Lutteur pour la paix et l'égalité de droit, il fut aussi défenseur acharné du privilège de la culture et de l'éducation pour tous. Il s'est opposé au programme
d' " éducation bantoue ", visant à limiter l'accès des Africains à une culture qui leur était prétendument adaptée (en vertu du principe qu'un travailleur manuel en sait bien assez s'il sait lire, écrire et compter), et qui avait en fait pour but de les cantonner dans la croyance que " l'égalité avec les Européens n'est pas pour eux " (phrase prononcée par Henrik Vervoerd, présentant son projet au Sénat en 1953).

La lucidité de Mandela lui fit entrevoir très tôt que le chemin vers la liberté, l'égalité et la prospérité passait en Afrique par un KulturKampf et une priorité à l'éducation. Autant que la paix, la culture et l'éducation sont des conditions du développement économique juste, lequel n'est qu'un moyen de servir l'homme. Telle est aussi une des dimensions de la grande œuvre de Mandela pour la culture africaine, lui qui dès ses jeunes années était frustré de constater que la " culture africaine " n'existait pas aux yeux des blancs, et que cette culture immémoriale restait encore à affirmer au présent et en actes.

La figure tutélaire de cet homme, même retiré des affaires, est en soi un désaveu des haines et des ignorances aveugles qui ravagent le continent. Même retiré chez lui, dans son " kraal " (village natal), il est à sa manière le plus populaire
des pèlerins de la paix africains.

 

 



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