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Plus de 35 ans après son accession
au pouvoir, le chef de l'Etat togolais Gnassingbé Eyadéma
est - avec la reine Elizabeth II et le président Fidel
Castro - l'un des doyens de la scène internationale. Dans
la perspective de sa réélection attendue à
la magistrature suprême, en juin 2003, il révèle
au public du site www.nepad.tv les grandes lignes de son programme
économique et social.
NEPAD.TV : Vous
êtes l'un des pères de la Cedeao (Communauté
Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Pouvez-vous préciser
les circonstances dans lesquelles cette organisation a été
fondée ?
L'impulsion est née des frustrations ressenties, à
cause des retombées désastreuses du conflit du Biafra
(1967-1970), non seulement sur les relations inter-étatiques,
mais surtout sur les citoyens
C'était la première
véritable tragédie humaine que notre sous-région
ait connue dans la période post-coloniale.
En Afrique de l'Ouest, certains de nos
pays avaient soutenu le mouvement sécessionniste du colonel
Ojukwu, pendant que d'autres s'en tenaient au respect de l'intangibilité
des frontières héritées de la colonisation,
tel que prôné par l'ONU. Il fallait trouver un cadre
de concertation et de dialogue permanent, pour éviter ce
genre de divisions. Les questions politiques étant celles
qui fâchent, nous devions donc privilégier les questions
d'intérêt économique.
C'est ainsi qu'avec le président
nigérian Yakubu Gowon, nous avons sollicité nos
homologues des autres Etats de l'Afrique de l'Ouest : ils ont
spontanément adhéré à notre démarche.
La Cedeao, premier regroupement du genre sur le continent, est
ainsi née en 1975.

23
octobre 2002 : Sommet du Groupe de Contact
de la Cedeao présidé par le chef de l'Etat togolais,
en présence
des présidents malien (au centre) et nigérien.
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SÉCURITÉ
ET INTÉGRATION RÉGIONALES |
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NEPAD.TV : Si
l'on considère la multiplication des foyers de troubles
et de tensions dans l'Ouest africain - de la Casamance au Nigeria
septentrional - l'effet stabilisateur de la Cedeao n'est pas bien
évident
Malgré la faiblesse de ses moyens matériels et financiers,
notre Communauté ouest-africaine essaie de favoriser la
stabilité, la sécurité et le climat de paix,
à travers différents instruments, tels que l'Accord
de non-agression et d'assistance mutuelle signé à
Lagos en 1978
Son respect aurait pu éviter les crises
politico-militaires en Afrique de l'Ouest : au Liberia, en Sierra-Leone,
dans les Guinées et en Côte d'Ivoire.

NEPAD.TV : En
termes de concertation et d'intégration économiques
et sociales, quel est l'apport de la Cedeao, et celui de l'Uemoa
(Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine, qui rassemble
des pays francophones) ?
Notre objectif majeur, à terme, était et demeure
: l'intégration sous-régionale et l'appartenance
à une entité commune.
Grâce à la libre circulation des biens, des personnes,
à la mise sur pied de structures communes - comme le Fonds
communautaire, l'Ecobank - et aux projets communs dans le domaine
des infrastructures et des télécommunications, la
Cedeao est devenue une réalité qui transcende les
barrières linguistiques.
Quant à l'Uemoa, ses résultats parlent d'eux-mêmes.
A travers la stabilité du franc CFA, la santé économique
des pays membres est préservée. Et ce en dépit
des potentialités modestes, des matières premières
limitées, comparativement aux autres régions du
continent.
Des projets communs ont ici aussi viabilisé l'Uemoa : citons
en particulier la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l'Afrique
de l'Ouest) et la BOAD (Banque Ouest-Africaine de Développement).
Cette dernière finance les projets de développement.
Toutes deux sont des facteurs d'unification.
Le citoyen - où qu'il se trouve, de Lomé à
Dakar et jusqu'aux confins du Mali - a le sentiment d'appartenir
à une même communauté d'intérêts
Il est révélateur que la Cedeao soit interpellée
ou consultée quand surviennent des évènements
comme ceux qui nous affectent actuellement, en Côte d'Ivoire.
NEPAD.TV : Quel
est l'impact de ces évènements sur le Togo, sachant
que le voisin ivoirien était hier encore le pilier économique
de l'Afrique occidentale francophone ?
La Côte d'Ivoire représente 40 % du potentiel de
l'Uemoa. La crise actuelle aurait donc pu précipiter le
déclin de toute notre sous-région. Dire que la croissance
économique de celle-ci ne s'en ressent pas serait une contre-vérité
Nous sommes donc inquiets de la persistance de la crise
et nous participons intensivement à la recherche de solutions.
Mais nous croyons que nous pouvons faire face au choc de la crise
ivoirienne par la solidarité et la rigueur dans la gestion
de nos ressources nationales.

Le
président français Jacques Chirac a plaidé
pour
la
reprise de l'aide européenne à Lomé.
NEPAD.TV : Le
Togo a lui aussi connu des années de troubles, certes moins
dramatiques, dans la décennie quatre-vingt-dix
Oui, la tragédie ivoirienne évoque plus ou moins
ce qui s'est passé au Togo après la douloureuse
parenthèse de la transition. Les richesses que nous avions
patiemment accumulées depuis plus de vingt-cinq ans ont
été systématiquement pillées : dilapidation
des réserves en devises étrangères détenues
dans les banques internationales ; immeubles de l'Etat saccagés
; parc automobile bradé ; baisse de la production industrielle
et agricole ; détérioration de la qualité
des services
Le Togo a dû tout refaire, grâce au capital de confiance
en soi et en l'avenir qui anime ses citoyens. Et, surtout, grâce
à la rigueur rétablie à travers une Commission
nationale de lutte contre la corruption et le sabotage économique,
grâce à l'ardeur au travail et à l'enthousiasme
retrouvés des Togolais.

NEPAD.TV : Qu'en
est-il de la suspension de l'aide européenne ?
Comment comprendre que notre pays - qui a abrité quatre
conventions du nom de notre capitale (Lomé I à Lomé
IV) liant l'Union Européenne aux pays ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique)
- soit la première victime désignée de ces
mêmes accords ?
Lors de la signature de ces conventions, les observateurs internationaux
appréciaient au plus haut degré la politique togolaise,
qui évoluait sous le régime du parti unique. Ironie
du sort, le boycott financer est venu sanctionner le tournant
démocratique !
C'est que l'Union Européenne s'est ralliée aux ténors
de notre opposition, qui demandaient des sanctions contre leur
propre pays parce qu'ils avaient perdu les élections de
1993 et de 1994
Cela dit, l'aide européenne a repris
en 2003, et nous espérons qu'elle atteindra bientôt
son rythme de croisière.
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CROISSANCE,
SANTÉ, ÉDUCATION |
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NEPAD.TV : Où
en est le Togo, en termes de développement économique
et de progrès social ?
Malgré la régression du début des années
quatre-vingt-dix et en dépit de la suspension de certaines
aides et subventions internationales, le Togo est classé
en très bonne position dans la sous-région, selon
l'Indice de Développement Humain publié par le PNUD
(Programme des Nations Unies pour le Développement), en
2002 : notre pays est au premier rang parmi les pays de l'Uemoa
et en deuxième place au sein de la Cedeao.

NEPAD.TV : Pouvez-vous
illustrer les avancées du Togo, dans le domaine de la santé
et de l'hygiène ?
Il faut reconnaître que notre ambitieux objectif - la santé
pour tous les Togolais en l'an 2000 - a été brisé
à cause des évènements malheureux et de la
transition chaotique que le pays a connus.
Le Togo bénéficiait de l'une des meilleures couvertures
sanitaires du continent. L'accès à l'eau potable
s'améliorait régulièrement. La qualité
des infrastructures sanitaires, mais aussi éducatives et
sociales, édifiées grâce aux retombées
budgétaires positives de la nationalisation des phosphates,
en 1974, était reconnue par tous.
Nous accusons aujourd'hui un certain recul, que nous nous employons
à surmonter. Nous avons ainsi institué une Commission
nationale de lutte contre le sida que je préside personnellement,
compte tenu de l'impact de cette maladie sur le développement.
NEPAD.TV : Il
est un point sur lequel s'accordent vos adversaires et vos partisans
: vos initiatives dans le domaine éducatif, particulièrement
en faveur de la scolarisation des jeunes filles
L'éducation nationale - avec la maîtrise des nouvelles
technologies de la communication, la formation professionnelle
et l'emploi des jeunes - demeurent des priorités absolues.
L'égalité des chances pour tous les Togolais et
l'émancipation de la femme à travers la scolarisation
de la jeune fille participent de notre souci d'assurer un plein
épanouissement à tous nos citoyens, sans distinction
de sexe.
Il y a d'ailleurs des femmes au gouvernement, notamment à
la tête du ministère de l'Economie, des Finances
et des Privatisations. Des femmes siègent aussi à
l'Assemblée nationale. Plusieurs autres occupent des postes
de responsabilité dans l'administration, ou s'illustrent
dans les affaires
Ainsi en est-il des célèbres
Nanas Benz (redoutables commerçantes au volant de
leur Mercedes), même si leur situation n'est pas aussi florissante
qu'avant 1990.

Grâce
à la scolorisation systématique des jeunes filles,
les Togolaises occupent une place de choix dans
la vie de la Cité.
NEPAD.TV : Quelle
est la contribution de la communauté libanaise au développement
du Togo ? Trouvez-vous cet apport appréciable ou insuffisant,
critiquable ?
La relation avec la communauté libanaise est très
ancienne. Les Libanais se sont installés au Togo il y a
fort longtemps. Ils jouent un grand rôle dans le développement
de leur pays d'adoption. De nombreux Libanais ont d'ailleurs pris
la nationalité togolaise pour mieux s'intégrer à
la vie du pays.
L'implication de cette communauté, sa participation à
tous les échelons de la vie nationale, démontrent
bien que les Libanais se sentent comme chez eux au Togo. Leur
contribution à la croissance économique nationale
est très prisée de la population togolaise, qui
entretient de très bons rapports avec eux. Nous apprécions
leur apport à l'essor du pays et nous souhaitons que cette
action se développe chaque jour davantage, dans l'intérêt
de la communauté libanaise et des Togolais.
NEPAD.TV : Où
en sont les relations avec les pays afro-arabes
Le Maroc,
la Libye qui a recentré sa diplomatie sur l'Afrique, l'Egypte
?
Le Togo a toujours entretenu de très bonnes relations avec
les pays du Maghreb, particulièrement le Maroc. La qualité
de ces rapports a permis aux Togolais de s'installer - qui pour
y travailler, qui pour parfaire sa formation - dans les universités
et écoles supérieures de ces pays.
Vous savez que le Maroc est l'un des pays fondateurs de l'OUA.
C'est la question du Sahara qui a assombri ses relations avec
l'organisation panafricaine. Nous regrettons que ce problème
n'ait pas trouvé de solution à ce jour, mais nous
espérons que le Maroc prendra sa place au sein de la nouvelle
Union africaine.
Avec la Libye, nous entretenons d'excellentes relations de coopération.
Pays africain où se côtoient toutes les races, la
Libye joue un rôle important dans notre continent, sous
l'impulsion de notre frère le colonel Kadhafi. Il a eu
le mérite de relancer et de faire aboutir l'idée
des pères fondateurs de l'OUA, à savoir la création
d'une Union africaine.
Enfin, les relations de coopération et d'amitié
entre l'Egypte et le Togo se développent et se renforcent
chaque jour, dans l'intérêt des populations des deux
pays. L'Egypte joue un rôle non négligeable dans
la stabilisation de la région, contribuant ainsi à
la consolidation de l'Union africaine.

Gnassingbé
Eyadéma au Sommet sahélo-saharien de Khartoum.
Cette
rencontre annuelle a été initiée par le numéro
un libyen.
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DROITS
HUMAINS ET LIBERTÉS |
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NEPAD.TV : Le
Togo est régulièrement dénoncé par
les rapports de certaines organisations, comme Amnesty International.
Quelles sont la situation et les perspectives des droits de l'homme,
dans le pays ?
Comme l'adage français le dit bien : " Qui veut noyer
son chien l'accuse de la rage "
Le Togo n'a pas attendu
qui ou quoi que ce soit pour s'engager dans la protection et la
promotion des droits de l'homme. L'évolution de la politique
nationale s'est faite depuis 1967 autour de la liberté
et de la dignité de la personne humaine.
Ainsi, malgré le fait que nous vivions sous un régime
de parti unique, les élections législatives de 1985
ont été libres et pluralistes : des candidats indépendants
se sont présentés et certains d'entre eux - comme
Me Agboyibo - ont été élus, face à
des personnalités du Rassemblement du peuple togolais (RPT),
pro-gouvernemental.
Puis j'ai créé, en octobre 1987, la Commission nationale
des droits de l'homme (CNDH) : pour protéger le citoyen
contre les abus de toutes sortes, notamment ceux de l'administration.
Cette institution fut confiée à Me Agboyibo, actuel
président d'un parti de l'opposition togolaise
Bref,
à la veille du 5 octobre 1990, il n'y avait aucun détenu
politique dans nos prisons ! Mais qui dit droits de l'homme évoque
d'abord le premier d'entre eux : la liberté d'expression.
Elle est protégée depuis la libéralisation
de la presse, le 30 août 1989.

Donc, nous n'avons pas attendu une quelconque
injonction
La liberté, la justice et la dignité
sont des vertus cardinales de notre action gouvernementale. Et
nous avons été plusieurs fois honorés pour
cela par diverses organisations de défense des droits de
l'homme, y compris par Amnesty International.
Le Togo n'aspire qu'à la paix, pour se consacrer à
l'uvre de reconstruction après plus de dix ans d'errements,
de divisions et d'incertitudes

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